

Une sonde connectée pour rééduquer son périnée à domicile
13 mars 2025
L’incontinence urinaire touche une femme sur trois. Ce problème peut altérer de manière significative la qualité de vie ainsi que la confiance en soi des personnes concernées.
Pour y remédier, Fizimed a lancé en 2017 une sonde connectée permettant la rééducation du périnée à domicile.
Partons à la rencontre d’Emeline Hahn, CEO de Fizimed, qui vient d’annoncer une belle levée de fonds de 4M€. Elle nous partage son expérience et nous fait découvrir son entreprise ainsi que les coulisses de cette levée.
Pouvez-vous nous présenter Fizimed ?
Fizimed est une start-up fondée en 2017 par mes trois associés – Julien Guay, Allan Mabilais, Paul Grandemange – et moi-même. Nous développons des dispositifs médicaux dédiés à la santé des femmes, dont le produit phare est la sonde périnéale « Emy Trainer ». Elle permet de rééduquer son périnée à domicile, notamment après un accouchement. Aujourd’hui, Fizimed a élargi sa gamme de produits avec le lancement en avril dernier d’un tire-lait portable baptisé « Emy Pump ».
Comment est née l’idée de votre start-up ?
À l’origine, nous envisagions de développer une attelle connectée pour les sportifs, en particulier pour la rééducation post-rupture des ligaments croisés, un problème majeur dans le sport de haut niveau. C’est lors du Hacking Health Camp de mars 2015, où nous présentions ce projet d’attelle connectée, que nous avons rencontré Allan, notre futur associé.
Nous avons finalement changé de cap en raison – ou grâce – aux retours des kinésithérapeutes, qui ont exprimé un besoin spécifique en matière de rééducation périnéale. Lors du Hacking Health Camp de 2016, nous avons présenté, cette fois-ci, l’idée de la sonde périnéale, qui nous a permis de remporter de nombreux prix.
Nous avons ensuite gagné le Prix de l’entrepreneur étudiant de SEMIA, doté de 10 000 €. Ce prix a été pour nous LE signe que nous devions quitter nos emplois respectifs et nous consacrer pleinement à cette aventure.
Quels ont été les plus grands défis de Fizimed ?
Nous avons rencontré de nombreux défis, chacun correspondant à une phase différente du développement de notre start-up.
Au début, il s’agissait de trouver notre marché, de lever des fonds pour la première fois, de recruter de bons profils et de sensibiliser le public sur la santé périnéale.
Par la suite, il nous a fallu concevoir un produit – hardware et software – qui fonctionne tout en respectant les nombreuses contraintes réglementaires inhérentes à la fabrication d’un dispositif médical.
Enfin, la commercialisation a constitué un défi majeur : trouver le bon modèle, développer des stratégies pour générer des revenus, conquérir de nouveaux marchés à l’international.
Une levée de fonds est souvent décrite comme un marathon émotionnel. Avec le recul, quel a été votre apprentissage le plus marquant sur le plan personnel ?
C’est une épreuve d’endurance, bien plus intense qu’on ne l’imagine. Même en connaissant les différentes étapes, elles prennent toujours plus de temps que prévu et demandent une implication totale. Il faut réussir à tenir la cadence jusqu’au bout, tout en gardant le cap sur le développement du business. La croissance reste un levier clé dans les négociations avec les investisseurs, et c’est essentiel pour maintenir la dynamique interne. Heureusement, j’ai pu compter sur une équipe solide qui a continué d’avancer pendant que je jonglais avec les discussions, les audits et les multiples échanges avec les avocats, investisseurs et auditeurs. Entre mails, appels et messages WhatsApp en plusieurs langues, on passe des heures au téléphone à coordonner des intérêts parfois divergents.
Sur le plan personnel, l’impact est réel. La charge mentale n’est pas épargnée avec des deadlines serrées et des imprévus constants, et il faut apprendre à concilier tout cela avec la vie de famille… et en parallèle, les impératifs du quotidien qui, eux, ne disparaissent pas. Mon enfant n’a que faire d’un closing imminent, il veut juste que je sois là à la sortie de l’école – et c’est bien normal ! C’est là que le soutien des proches devient primordial. Communiquer avec eux, leur expliquer les moments de forte pression et les prévenir des périodes où l’on sera moins disponible, c’est essentiel pour préserver un équilibre et tenir sur la durée.
Emy Trainer est disponible dans plusieurs pays. Comment avez-vous géré la commercialisation à l’étranger ?
L’exportation de notre produit s’est faite de manière assez naturelle, avec une approche pragmatique de notre développement international. Pour notre implantation aux États-Unis, par exemple, nous nous sommes appuyés sur Business France et sur d’autres entrepreneurs qui nous ont mis en contact avec des partenaires locaux.
Pour le Vietnam et l’Ukraine, c’est une opportunité née lors d’un salon professionnel.
L’une des clés de notre réussite à l’international a été la maîtrise des langues. Aujourd’hui, notre équipe compte 15 personnes de 5 nationalités différentes. Pour nous, il est essentiel d’être entourés de personnes natives. L’une de nos collaboratrices allemandes a supervisé l’accès au marché allemand, ainsi que les démarches pour obtenir le remboursement de notre dispositif médical en Allemagne et cela a porté ses fruits.
Vous êtes une grande sportive dans la vie. Diriez-vous que l’entrepreneuriat est un sport d’équipe ?
Absolument. Mon ADN de sportive est intimement lié à mon esprit d’équipe dans le travail. Créer une entreprise, c’est un marathon, pas un sprint. L’objectif est de persévérer et d’atteindre la ligne d’arrivée, malgré les obstacles qui se présentent.
Comme dans le sport, il est crucial de s’entraîner, de comprendre et d’analyser les adversaires. De la même manière qu’au basket, on observe son équipe et on s’appuie sur ses forces pour gagner.
Nous grandissons en compétences professionnelles et personnelles, sans jamais abandonner, et avec un bel esprit d’entraide chez Fizimed.
Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur qui se lance ?
Mon conseil n°1 : avoir un optimisme inébranlable ! Il faut croire en ses projets et toujours chercher des solutions, sans se laisser submerger par les hauts et les bas. Il est crucial d’avoir confiance en soi et en son projet, car personne ne pourra mieux le défendre que soi.
Mon deuxième conseil est d’être toujours à l’écoute. Il est important de tirer parti de ce que les autres vous disent, notamment dans les moments où les signaux sont faibles.
Mon dernier conseil est lié au financement. Lors de notre première levée de fonds, j’ai commis l’erreur de vouloir plaire à tout le monde. Prenez le temps d’identifier précisément les interlocuteurs pertinents pour votre start-up pour de meilleurs résultats.
Vous faites partie aujourd’hui de notre communauté d’alumni. Aidez-vous, à votre tour, les entrepreneurs ?
J’essaie toujours de répondre favorablement lorsque l’on fait appel à moi. Par exemple, aujourd’hui même, j’ai reçu un appel de Séverine Sigrist, qui fut mon mentor à mes débuts, avec une demande spécifique. Je suis ravie de pouvoir lui rendre la pareille lorsqu’elle sollicite mon aide. Il s’agit d’un soutien mutuel, vertueux et précieux.
L’écosystème santé, dont « Quest for health » est un pilier essentiel, joue un rôle déterminant dans la mise en relation des acteurs du domaine, notamment à travers les événements organisés, les parcours d’accompagnement sectoriel, les mises en relation avec les investisseurs et grands groupes, et les club d’experts auxquels moi-même et mes équipes participons. Cette communauté nous permet d’aller plus loin ensemble, en mobilisant les ressources adéquates, en échangeant des informations et en renforçant notre expertise collective et ce, dans la convivialité.
Une anecdote amusante pour conclure ?
Lors du CES de Las Vegas en 2018, nous avions la pression de présenter un produit fonctionnel. Or, en arrivant sur place, notre produit ne fonctionnait pas du tout ! La situation était stressante mais nous avons géré les choses avec humour et résilience et tout s’est bien passé.